Chère première ministre

Par
Ashley Torres, chargée de mobilisation à Mères au front
June 19, 2026

Madame la première ministre,

Le 3 juin dernier, la première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, est venue à Québec pour vanter le potentiel gazier du Québec et relancer le débat sur le développement des hydrocarbures dans notre province.

En tant que mère, citoyenne et membre de Mères au front, j'ai écouté ces déclarations avec étonnement. J'ai surtout eu l'impression d'entendre un discours venu d'une autre époque. Car le Québec a déjà eu cette conversation.

Il l'a eue dans les salles du BAPE. Il l'a eue dans les médias. Il l'a eue dans les rues, lors de mobilisations citoyennes historiques. Il l'a eue lorsque le projet GNL Québec promettait prospérité et retombées économiques. Après des années d'analyses, de consultations et de débats, le Québec a choisi de ne pas aller de l'avant.

Ce choix n'était pas idéologique. Il reposait sur un constat simple : développer de nouvelles infrastructures fossiles est incompatible avec l'objectif de maintenir une planète viable pour nous et nos enfants.

Aujourd'hui, certains voudraient nous faire croire que le contexte a changé. Mais ce n'est pas le contexte qui a changé. C'est le discours. La réalité, elle, demeure la même. La planète continue de se réchauffer. Les feux de forêt se multiplient. Les épisodes de chaleur extrême se succèdent. Les inondations, les sécheresses et les événements météorologiques violents affectent déjà des communautés partout au Québec et au Canada.

La science n'est pas devenue moins claire depuis 2021. Au contraire.

Pour limiter les conséquences les plus graves des changements climatiques, nous devons réduire rapidement notre dépendance aux énergies fossiles. Nous devons accélérer la transition énergétique. Nous devons investir dans les solutions de demain, pas dans les infrastructures du siècle dernier.

On nous parle aujourd'hui de sécurité économique. Mais, en quoi investir dans des projets tel que Marinvest (GNL Québec 2.0) dont la rentabilité dépend de décennies de consommation de gaz fossile supplémentaire, apporte-t-il une sécurité économique au Québec? Quelle sécurité économique y a-t-il quand les quatre plus grandes sociétés pétrolières et gazières du Canada sont détenues à 60 % par des intérêts américains

Et surtout, quelle sécurité y a-t-il pour nos enfants lorsque les coûts humains, sociaux et financiers de la crise climatique et environnementale continuent d'augmenter année après année ?

Être parent, c’est résister à la tentation des solutions faciles jour après jour, pour le mieux-être de nos enfants dans le moment présent et pour leur futur. C’est une posture qui demande de la détermination. Gouverner une province, c’est aussi faire face à des moments où la voie qui paraît la plus simple et la moins confrontante, est la plus attrayante à emprunter.

Cela demande de penser au-delà du prochain trimestre économique. De voir au-delà d’un mandat à durée limitée. C'est regarder les enfants qui grandissent aujourd'hui, et se demander dans quel monde ils vivront dans vingt, trente, ou cinquante ans.

Le Québec possède déjà un avantage exceptionnel : une électricité largement renouvelable, un immense potentiel d'efficacité et de sobriété énergétique, ainsi qu'une population qui a démontré à plusieurs reprises sa volonté d'agir face à la crise climatique. Pourquoi chercher à reproduire le modèle énergétique de l'Alberta alors que nous avons l'occasion de montrer une autre voie ?

Madame la Première ministre, nous vous invitons à faire preuve de cohérence et de courage. 

Le Québec n'a pas besoin d'une nouvelle ruée vers le gaz.

Il a besoin d'accélérer la transition, de réduire sa consommation d'énergie, de développer les solutions renouvelables et de bâtir une économie capable de prospérer dans les limites de la planète.

Lorsque j'entends parler de nouveaux projets gaziers comme Marinvest, je ne pense pas d'abord aux marchés énergétiques ou aux corridors commerciaux. Je pense aux étés marqués par la fumée des feux de forêt. Je pense aux écoles fermées en raison de la mauvaise qualité de l'air. Je pense aux communautés évacuées. Je pense surtout aux enfants qui hériteront des conséquences des choix que nous faisons aujourd'hui.

Le débat sur le gaz ne porte pas seulement sur l'énergie. Il porte sur le monde que nous choisissons de leur laisser.

Et comme mère, je crois que nous leur devons mieux.

Ashley Torres
Chargée de mobilisation, citoyenne et Mère au front pour Clara et Catalina

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